Des essais au désert ? Pour une histoire comparée et transnationale des sites des essais nucléaires

Colloque international de Paris, 19-21 janvier 2022
(CRESAT, MSHP, INALCO)

Tests in the Desert? Towards a Comparative and Transnational History of Nuclear Test Sites

International Conference, Paris, 19-21 January 2022
(CRESAT, MSHP, INALCO)

Depuis l’automne 2019, l’équipe « Écrire l’histoire du Centre d’Expérimentation du Pacifique (CEP) », qui réunit une quinzaine de chercheurs en histoire, histoire de l’art, géographie, sociologie, littérature et anthropologie, organise un séminaire « Pour une histoire transnationale et comparée des installations et des essais nucléaires » (MSH du Pacifique-CRESAT-INALCO). Le séminaire prend en compte les circulations et les transferts d’expériences autour des essais, qu’il s’agisse des décideurs, des militants ou de l’ensemble des populations concernées par un régime de nucléarité qu’on peut définir comme la conscience de prendre part à la vie de sites et d’installations nucléaires.

L’audience de ce séminaire, les contacts noués avec les intervenants et auditeurs français et étrangers, le souhait de communiquer les fruits de nos recherches sur le CEP mais aussi de les confronter à des situations comparables ou imbriquées, nous conduisent à organiser un colloque international consacré aux sites d’essais nucléaires dans le monde, envisagés sous l’angle du territoire, du politique et de l’environnement. Le colloque se propose d’interroger le choix des sites, la construction et le fonctionnement des installations, leurs acteurs et les relations qui se nouent entre eux, les héritages enfin, de lieux perçus comme marginaux, aux déserts, steppes, et océans, mais qui occupent une place centrale dans la mémoire des sociétés humaines, tout en demeurant très peu documentés.

The research group “Écrire l’histoire du Centre d’Expérimentation du Pacifique (CEP)” [Writing the History of the CEP (French nuclear test site in French Polynesia)] has, since 2019, held a series of seminars under the heading “For a transnational and comparative history of nuclear sites and tests” (MSH-Pacifique-CRESAT-INALCO). In these seminars the group, comprised of some fifteen researchers from various disciplines—history, art history, geography, sociology, literary studies and anthropology—has examined the sharing and transfer of experiences in relation to the tests among decision-makers, activists and indeed all those involved directly or indirectly in a regime of nuclearity which may be defined as the consciousness of being a participant in the life of a nuclear site and its facilities.

As a result of the seminars and the contacts established between presenters and public, both from France and abroad, we became keen not only to communicate the fruits of our research on the CEP but also to relate this to comparable situations elsewhere. This has led us to organise an international conference on nuclear testing sites worldwide, with regard to the physical space of sites, the politics involved and the environment. The conference aims to examine the reasons behind the choice of sites, the construction and operation of the facilities, the various actors and their interrelationships, and the legacies of locations perceived as being on the fringes, in deserts, steppes, and oceans, but which occupy a central place in the memories of the respective human societies, yet about which there is still little documentation.

À la différence de la France où les travaux sur les relations entre les infrastructures nucléaires et leur environnement ont principalement questionné le programme civil, la littérature anglophone s’est majoritairement intéressée à l’atome militaire. La dimension impériale et post-coloniale a été largement documentée pour le monde anglo-saxon, qu’il s’agisse des populations amérindiennes de l’Ouest des Etats-Unis1, de l’Alaska2 ou des habitants du Pacifique3, la notion de colonialisme nucléaire étant familière au monde académique américain depuis les années 19804.

De riches travaux ont envisagé les interactions avec le territoire en termes de relations aux risques, à la radioactivité et aux pollutions environnementales5. S’intéressant à l’amont des programmes militaires, qu’il s’agisse de la conception ou de réalisation des armes6, plusieurs disciplines ont pris en compte la matérialité des sites7 et leurs héritages8. Les recherches de Kate Brown et de Joe Masco ont finement documenté les modes de vie au sein de ces enclaves militaires, scientifiques et industrielles, ainsi que leurs héritages culturels pour les communautés qu’elles ont rassemblées. Si des études ont déjà appliqué ces questions aux sites d’essais américains, soviétiques et britanniques, les travaux restent à écrire pour les cas français, chinois ainsi que pour les autres puissances nucléaires plus récentes ou en devenir9.

Plus fondamentalement, les recherches menées jusqu’à présent ont laissé certains angles morts sur les dimensions environnementales et territoriales des sites d’essais. Qu’ils prennent en compte les sites en amont ou en aval de la production d’armes nucléaires, ces travaux privilégient la forme de la monographie, ne permettant pas de produire des comparaisons entre les différents programmes nucléaires militaires et moins encore de prendre en compte les circulations d’acteurs, de pratiques, de savoirs ou d’objets entre ces différents sites, qu’il s’agisse de transferts secrets et non consentis (espionnage, contre-espionnage), de collaborations (informelles, clandestines) ou de coopération politiquement assumées, et de cultures partagées, créant des communautés transnationales d’atomistes, d’ingénieurs, de militaires, de militants voire de riverains.

Quant à la prise en compte du devenir des sites d’essais et de leurs héritages, la question a été considérée à travers l’anticipation de la fin des essais, notamment dans le contexte de la non-prolifération, des moratoires et des traités d’interdiction10, qui a favorisé la mise en place de techniques de simulation11. Par-delà ces enjeux globaux, sur le plan de la stratégie et de la technoscience, que reste-t-il, après le démantèlement des sites, d’un développement axé sur la construction d’une infrastructure industrielle, et de toutes les pratiques socio-économiques qu’il produit dans une société traditionnelle : invention du salariat, introduction d’un modèle de consommation, rupture brutale avec une culture matérielle et des croyances traditionnelles ?

Aussi bien, les recherches menées sur les réappropriations des sites demeurent rares. C’est d’abord la mise en tourisme des anciens sites d’essais qui interroge. Qui sont ces touristes venant visiter le Nouveau-Mexique à la rencontre de la bombe ? Comment, localement, les héritages des essais sont-ils transformés en éléments du patrimoine américain afin de satisfaire autant les visiteurs à la recherche de récits patriotiques sur la guerre froide que les amoureux d’Histoire venant se prendre en photo devant l’obélisque de Trinity. Plus tard, c’est la patrimonialisation des sites d’essai de Bikini, où les épaves des bateaux utilisés comme cible lors des essais de l’opération Crossroads en juillet 1946, gisant au fond du lagon, ont attiré au début des années 1990 des plongeurs qui pose question. Ces pratiques et ces réinvestissements de lieux – parfois rassemblés sous le label du « dark tourism » méritent d’être analysées tant elles sont révélatrices de nouvelles économies de la nucléarité et de nouveaux rapports à ces territoires.

L’histoire environnementale, de son côté, a privilégié le nucléaire civil, suivant une approche politique centrée sur les mouvements environnementalistes, ou menant une réflexion sur la production d’énergie se focalisant en particulier sur la question des pollutions. C’est ce dernier aspect qui permet de faire le lien avec le nucléaire militaire, souvent évoqué mais rarement traité en profondeur à de rares exceptions près12]. Ce sont notamment les travaux de John Findlay, Michele Stenehjem Gerber13 ou Shanon Cram14 qui ont mis en avant les héritages environnementaux de ces programmes15. Enfin, une large littérature inspirée des postcolonial studies a mis en exergue le poids particulier supporté par les communautés indigènes vivant sur les terrains mobilisés par les programmes atomiques au Nouveau-Mexique ainsi qu’en Alaska16.

La question de l’extraction de l’uranium et des dommages causés par les explosions, les déchets et les retombées radioactives est mentionnée dans plusieurs synthèses régionales ou globales17. Elle peut être liée, dans l’historiographie environnementale, aux subaltern et postcolonial studies, puisqu’elle met en exergue la vulnérabilité des minorités dans les zones de test (Amérindiens18 et Océaniens19), ainsi qu’à l’étude des mouvements environnementalistes opposés aux essais, mais de tels travaux demeurent rares en histoire.

Par ailleurs, ces études mettent l’accent sur les conséquences des essais eux-mêmes. Pourtant les conséquences environnementales des essais dépassent la question des retombées radioactives, aussi considérable soit-elle, si l’on veut bien tenir compte de l’ensemble des dynamiques complexes suscitées par l’infrastructure industrielle mise en place pour les soutenir. Enfin, l’activité anthropique est elle-même vulnérable aux risques naturels. En s’implantant en Polynésie, le CEP s’est trouvé confronté à deux aléas majeurs et potentiellement très dommageables, les cyclones et les tsunamis. Si ces deux phénomènes ont été étudiés dans leur globalité en termes de caractéristiques et de chronologie, les publications ne n’évoquent pas spécifiquement la vulnérabilité des infrastructures installées dans les îles polynésiennes. De sorte qu’on peut se demander à propos des polygones de tirs dans le Pacifique, dans quelle mesure ces risques ont-ils été évalués lors du choix des sites ; ont-ils été pris en compte en termes d’aménagements, notamment pour éviter des effets dominos dans un contexte de risque naturel-technologique ? La question mérite d’autant plus d’être posée que le Pacifique a été traversé et impacté par deux tsunamis majeurs (1960, 1964) avant puis pendant l’installation du CEP. Les dommages des cyclones de 1982 et 1983 dans les iles du CEP pose la question de l’intégration de ce risque dans les aménagements de sites. Sans compter que les essais constituent à leur tour une cause résiduelle de risques naturels, qu’il s’agisse du risque de tsunami associé à un glissement de terrain sous-marin affectant les flancs déstabilisés par les explosions souterraines en atoll ou des risques d’inondation liés indirectement aux installations, dans les bases arrière. À Tahiti, l’urbanisation de la vallée de la Punaruu est liée à l’installation du CEP qui a « fabriqué » le risque en installant des enjeux vulnérables en zone inondable, créant le seul secteur de Polynésie nécessitant la mise en place d’un PPRI (Plan de Prévention des Risques d’Inondation). 

La particularité de l’approche environnementale, susceptible d’inclure les dimensions techniques, politiques et écologiques dans une réflexion plus large sur les relations entre humains et non-humains, offre des perspectives prometteuses à conditions d’élargir la recherche aux enjeux indirects des essais. On aimerait que le colloque « Des essais au désert ? » soit l’occasion de réfléchir aux conséquences environnementales, matérielles autant qu’idéelles, de l’aménagement des espaces périphériques, des contacts entre puissances nucléaires et populations locales, des confrontations politiques et de l’activisme environnemental. Le colloque serait ainsi l’occasion d’approfondir la notion de « régimes de nucléarité » en proposant une typologie qui montre la diversité des situations matérielles, mais aussi des appropriations et des mémoires de ces cohabitations avec les installations nécessaires aux essais nucléaires.

There has been a difference between the approach of scholars in France and their counterparts in the English-speaking world. The former have studied relations between the nuclear infrastructures and their environment, mainly focusing on civil nuclear programmes, while the latter have largely been interested in the use of the atom for military purposes. English-language scholarship has substantially documented the imperial and postcolonial dimensions of the subject, involving populations ranging from Amerindians in the west of the United States of America1 to the peoples of Alaska2 and the Pacific3. Indeed, the notion of nuclear colonialism has been a familiar one to the American academic community since the 1980s4.

Major contributions to the topic have explored interactions with the respective locations with respect to risks, radioactivity and environmental pollution5. Several disciplines, taking an interest in the stages prior to the implementation of military programmes, both in terms of conception and the production of nuclear weapons6, have looked into the material nature of various sites[7 and their legacies8. The work of Kate Brown and Joseph Masco has carefully documented the lifestyles of those living within these military, scientific and industrial enclaves, as well as the cultural legacies for the communities involved. While some studies have already considered these issues with respect to US, Soviet and British nuclear testing sites, such work has yet to be produced in the case of France, China or other more recent nuclear powers or those underway9.

More fundamentally, the research carried out thus far has left a certain number of areas untouched with respect to the environmental and spatial dimensions of the test sites. These works, whether they deal with sites before or after the production of nuclear weapons, have largely been in the form of monographs, which do not enable comparisons between different military nuclear programmes and even less to take account of the circulation of actors, practices, knowledge and objects between these various sites, whether this involves secret, unauthorised transfers (espionage, counter-espionage), collaborations (informal, clandestine) or politically assumed cooperation, or shared cultures creating transnational communities of nuclear physicists, engineers, military personnel, activists and indeed local residents. 

The question of what is to become of the test sites and their legacy has been considered via the anticipated end of testing, especially in the context of non-proliferation, moratoria and treaty bans10, which has encouraged the implementation of simulation techniques11. Aside from these global concerns, there are questions relating to strategy and techno science: what remains once the test sites are dismantled, what of development centred on the construction of an industrial infrastructure, and all the socio-economic practices to which this gives rise in traditional societies, such as the introduction of a salaried workforce and a consumer model, the brutal break-up of a material culture and traditional belief systems?

Similarly, there has been very little research carried out into the ways in which sites have been reappropriated. The first thing that deserves examination in this regard is the transformation of former test sites into tourist sites. Who are the tourists who come to New Mexico in search of an encounter with the bomb? How, locally, are the legacies of the sites turned into elements of American heritage in order to satisfy visitors looking for patriotic stories about the Cold War or History buffs come to have their photo taken in front of the Trinity Site Obelisk? Another element needing to be studied is the subsequent heritage interest of the test sites on Bikini, where the wrecks of the ships used as test targets during Operation Crossroads in July 1946 lying at the bottom of the lagoon came to attract divers in the early 1990s. Such practices and reinvestments in locations—sometimes grouped under the banner of “dark tourism”—warrant analysis, given how they can reveal new economies of “nuclearity” and new relations to these locations.

Environmental history, for its part, has focused on nuclear energy for civil purposes, in line with a political approach centred around environmentalist movements, or one that leads to a consideration of the production of energy involving various kinds of pollution. It is this latter element which enables us to make the link to the military’s use of nuclear energy, a topic which is often mentioned but rarely explored in any depth12, some notable exceptions aside, such as the works of John Findlay, Michele Stenehjem Gerber13 and Shanon Cram14, who have pointed to the environmental legacies of these programmes15. Finally, a wide-ranging literature drawing on postcolonial studies has highlighted the particular burden borne by indigenous communities living on land requisitioned by the atomic programmes in New Mexico and Alaska16.

The issue of the extraction of uranium and the damage caused by blasts, nuclear waste and radioactive fallout, is mentioned in several regional and global accounts17. In environmental historiography this issue can be related to subaltern and postcolonial studies, as it brings to the fore the vulnerability of minorities in the test zones (Amerindians18 and Pacific Islanders19), as well as to environmentalist movements opposed to the tests, but such works are few and far between in the field of history itself.

Furthermore, these studies focus on the consequences of the actual tests. Yet, the environmental consequences of testing go well beyond the question of radioactive fallout, however significant this might be, if we are to take into account the whole set of complex dynamics brought into play by the industrial infrastructure set up to support them, not to mention the fact that anthropic activity is itself vulnerable to natural risks. When the CEP was established in French Polynesia, it found itself confronted with two major hazards that could potentially cause great damage, namely cyclones and tsunamis. While these two phenomena have been studied in the broad, both in terms of their features and their chronology, the literature does not specifically discuss the vulnerability of the infrastructures set up on these islands of French Polynesia. The upshot is that, with regard to Pacific test ranges, one may wonder about the extent to which these risks were evaluated in the choice of sites, and whether they were taken into account in terms of their planning and development, particularly to avoid domino effects in the context of natural-technological hazards. The question needs to be asked all the more in that two major tsunamis (1960, 1964), that is, both before and at the time of the installation of the CEP, had significant impact as they tore through the Pacific. The damage to the islands used by the CEP, that was caused by the cyclones of 1982 and 1983, also raises the question of the inclusion of this risk in the planning and development of sites, without even taking into account the fact that the tests themselves present an abiding cause of natural hazard, be it that of a tsunami associated with an submarine landslide affecting the flanks that had been destabilised by the underground explosions in the atoll, or risks of flooding in the rear bases, linked indirectly to the nuclear facilities. On Tahiti, the urbanisation of the Punaruu valley is a by-product of the setting up of the CEP which itself “fabricated” the risk by introducing vulnerabilities into a flood-prone area, thereby creating the only part of French Polynesia that requires the implementation of a Flood Risk Prevention Plan (in French PPRI: Plan de Prévention des Risques d’Inondation). 

The particularity of the environmental approach, capable of integrating technical, political and ecological factors into a broader reflection on the relations between humans and non-humans, offers promising prospects, as long as we expand the research to consider indirect testing-related issues. It is our hope that the conference “Tests in the Desert?” will provide an opportunity to think about the environmental, material and conceptual consequences of the development of peripheral spaces, the contacts between nuclear powers and local populations, political conflicts and environmental activism. The conference could thus be the opportunity to deepen our thinking about the concept of “regimes of nuclearity” by proposing a typology that shows not only the range of material contexts, but also different appropriations and memories of these cohabitations with the facilities needed for the nuclear tests.

Références

[1] Danielle Endres, “The Rhetoric of Nuclear Colonialism: Rhetorical Exclusion of American Indian Arguments in the Yucca Mountain Nuclear Waste Siting Decision,” Communication and Critical/Cultural Studies, 6 (2009), p. 39-60.

[2] Nelta Edwards, “Nuclear Colonialism and the Social Construction of Landscape in Alaska,” Environmental Justice, vol. 4, n° 2 (2011), 109–114.

[3] Holly Barker, Bravo for the Marshallese: Regaining Control in a Post-Nuclear, Post-Colonial World, Belmont, Wadsworth/Thompson, 2012.

[4] Winona LaDuke and Ward Churchill, “Native America: The Political Economy of Radioactive Colonialism”, The Journal of Ethnic Studies, vol. 13, n°3 (1985), 107-132.

[5] Linking Legacies: Connecting the Cold War Nuclear Weapons Production Processes to Their Environmental Consequences (U.S. Department of Energy, Office of Environmental Management, 1997); Tatiana Kasperski, “From Legacy to Heritage. The Changing Political and Symbolic Status of Military Nuclear Waste in Russia”, Cahiers Du Monde Russe. Russie – Empire russe – Union Soviétique et États Indépendants, vol. 60, n°2-3 (2019), 517–38 ; Michele Stenehjem Gerber, On the Home Front: The Cold War Legacy of the Hanford Nuclear Site, Lincoln, U of Nebraska Press, 2007.

[6] Hugh Gusterson, People of the bomb: Portraits of America’s nuclear complex, University of Minnesota Press, 2004. Lindsay Freeman, The Atom bomb in me, Stanford University Press, 2019.

[7] Kate Brown, Plutopia: Nuclear Families, Atomic Cities, and the Great Soviet and American Plutonium Disasters, Oxford, Oxford University Press, 2015.

[8] Joe Masco, The nuclear borderlands: the Manhattan project in post-Cold War New Mexico, Princeton, Princeton University Press, 2020 ; Bryan C. Taylor, William J. Kinsella, Stephen P. Depoe et Maribeth S Metzler., Nuclear Legacies: Communication, Controversy, and the U.S. Nuclear Weapons Complex, Lexington Books, 2007. Bryan C. Taylor Taylor, Brian Freer, « Containing the Nuclear Past: The politics of history and heritage at the Hanford Plutonium Works », Journal of Organizational Change Management, vol. 15, n°6(2002) 563-588.

[9] Becky Alexis‐Martin, Matthew Breay Bolton, Dimity Hawkins, Sydney Tisch, Talei Luscia Mangioni, « Addressing the Humanitarian and Environmental Consequences of Atmospheric Nuclear Weapon Tests: A Case Study of UK and US Test Programs at Kiritimati (Christmas) and Malden Islands, Republic of Kiribati » Glob Policy, January 2021.

[10] Georges-Henri Soutou, La guerre de Cinquante Ans – Les relations Est-Ouest (1943-1990), Paris, Fayard, 2001 ; Bozo Frédéric, Mitterrand, la fin de la guerre froide et l’unification allemande. De Yalta à Maastricht, Paris, Odile Jacob, 2005.

[11] Dominique Mongin, Dissuasion et Simulation. De la fin des essais nucléaires français au programme Simulation, Paris, Odile Jacob, 2018.

[12] Toshihiro Higuchi, Political fallout: nuclear weapons testing and the making of a global environmental crisis, Stanford, Stanford University Press, 2020.

[13] Michele Gerber, On the Home Front, op. cit.

[14] Shannon Cram, « Wild and Scenic Wasteland: Conservation Politics in the Nuclear Wilderness », Environmental Humanities, vol. 7, n°1(2016) 89-105.

[15] John M. Findlay et Bruce Hevly (ed.), The Atomic West, Seattle, University of Washington Press, 1998.

[16] Danielle Endres, « The Rhetoric of Nuclear Colonialism: Rhetorical Exclusion of American Indian Arguments in the Yucca Mountain Nuclear Waste Siting Decision », Communication and critical/cultural studies, vol. 6, n°1, 2009, 39-60 ; Edwards, « Nuclear Colonialism and the Social Construction of Landscape in Alaska », art. cit.

[17] John Robert McNeill, Something New under the Sun: An Environmental History of the Twentieth-Century World, New York: W.W. Norton & Co., 2001, p. 315-317 ; Mark D Merlin, Ricardo M. Gonzalez, « Environmental Impacts of Nuclear Testing in Remote Oceania, 1946–1996 », in J. R. McNeill et Corinna R. Unger (ed.), Environmental Histories of the Cold War, Cambridge, Cambridge University Press, 2010, 167‑202 ; Toshihiro Higuchi, « Atmospheric Nuclear Weapons Testing and the Debate on Risk Knowledge in Cold War America, 1945–1963 ». in ibidem ; Brian Black, Donna Lybecker, Great debates in American environmental history, Westport, Conn: Greenwood Press, 2008, 91-100 ; Donald S. Garden, Australia, New Zealand, and the Pacific: an environmental history. Nature and human societies, Santa Barbara, Calif: ABC-CLIO, 2005, p.158-160.

[18] Peter H. Eichstaedt, If you poison us: uranium and Native Americans. Santa Fe, Red Crane Books, 1994.

[19] Jane Dibblin, Day of two suns: US nuclear testing and the Pacific Islanders. New York, New Amsterdam, 1990.

1/ Comparer les constructions et fonctionnements des sites :

1.1. Le choix d’un lieu ? Processus de décision (comparaisons entres démocraties libérales/régimes autoritaires), publicité de la décision, délibération, justificatifs techniques et politiques avancés par les États pour procéder à des essais nucléaires en vraie grandeur, tant atmosphériques que souterrains ; implication des populations concernées, comparaison des marges coloniales choisies ;
1.2. Construction champs de tirs atmosphériques/souterrains : connaissance des sites, appropriations foncières, conceptions des installations, prise en compte des risques et moyens de les contrôler, mobilisation de personnels constructeurs autochtones et exogènes, anticipation du devenir des sites et installations, des impacts, des leviers de développement ;
1.3. Campagnes d’essais : déroulement et buts scientifiques, techniques, stratégiques (mesures de la puissance, tests d’armes, mesures d’effets sur matériels/vivants…), typologie des essais menés dans le monde depuis 1945.
1.4. Relations des populations qui construisent les sites et opèrent les essais (civiles et militaires ; locaux, nationaux, main d’œuvre étrangère)
1.5. Circulations des pratiques culturelles, des biens de consommation, des espèces naturelles

2/ Acteurs et régimes de nucléarité : décideurs, militants, riverains

2.1. Typologie des décideurs selon les sites, les pays et les contextes géostratégiques et diplomatiques : installations gouvernées par le pouvoir militaire/civil, administrations mixtes (DIRCEN), comparaison des institutions militaires face aux essais ;
2.2. Les militants contre les essais nucléaires : idéologies (tiers-mondisme, pacifisme, écologie…), répertoires d’actions (presse, meeting, occupation des lieux, campagnes de presse, boycotts etc.), structuration des réseaux, circulations transnationales ;
2.3. Régimes de nucléarité des riverains : modes de cohabitation, effets sociaux-économiques, culturels, sanitaires ;
2.4. Opinion publique à différentes échelles : pays d’accueil du site, pays riverains, opinion publique internationale voire mondiale, face aux essais et aux politiques de non-prolifération (CTBT/TICE).

3/ Héritages : effets environnementaux, risques sanitaires, aménagement du territoire, impacts sociaux, culturels et symboliques, politiques de la mémoire

3.1. Quelles anticipations du démantèlement : comparaison des moratoires sur les essais et des programmes de simulations préparant la fin d’utilisation d’un site ;
3.2. Politiques de remise en état (quel état, quelle stratégie, quelle renaturation), de reconversion des sites et de développement des sociétés concernées ;
3.3. Vivre à proximité d’anciens sites des essais nucléaires ;
3.4. Le devenir matériel des aménagements et la patrimonialisation des sites. Héritages politiques locaux et nationaux des essais et des installations ;
3.5. Histoire des impacts environnementaux des essais : comparaisons entre acteurs ; enjeux d’exploitations scientifiques des milieux naturels suite aux essais
3. 6. Diversité et antagonismes des mémoires ; processus de compensation et indemnisations

4/ Typologie des circulations :

4.1. Espionnage et contre-espionnage
4.2. Collaboration informelle entre acteurs
 : savants-physiciens, militaires, ingénieurs, techniciens…
4.3. Coopération politique
 : secrète/clandestine/publique
4.4. Cultures et pratiques partagées : échanges de pratiques professionnelles et culturelles des ouvriers constructeurs, des ingénieurs et techniciens civils et des militaires en charge des essais (préparation du site, mesures, décontamination)
4.5. Une culture des essais (militantes, académiques, ouvriers, opérateurs des sites…) ; un imaginaire partagé des essais ? (comparaison et circulations des représentations des essais nucléaires dans la fiction)

Le colloque sera d’autant plus fructueux qu’il permettra d’ébaucher, au terme de ses travaux, une typologie des sites et une périodisation concernant le plus grand nombre possible d’installations où des essais nucléaires ont été réalisés ou envisagés. Les installations des pays dits du seuil (Suède, Iran), celles dont les équipements sont demeurés clandestins ou secrets (Afrique du Sud, Israël, Corée du Nord), celle enfin de Puissances qui envisagent un équipement (Turquie, Arabie Saoudite, Égypte) font partie du périmètre considéré.

1/ Comparing the construction and operation of sites:

1.1. Choice of location. Decision-making processes (comparisons between liberal democracies and authoritarian regimes), making decisions public or not, deliberation, technical and political supporting evidence put forward by the respective States for proceeding with full-scale nuclear tests, both atmospheric and underground; involvement of the populations concerned, comparison of the colonial fringe spaces chosen;
1.2. Construction of atmospheric/underground test ranges:
knowledge of the sites, land acquisitions, conceptions of the facilities, taking account of the risks and means of controlling them, mobilisation of construction workers, both indigenous and outsiders, anticipation of the future evolution of the sites and facilities, impacts, levers of development;

1.3. Test campaigns: operation and scientific, technical and strategic goals (measuring the power of the nuclear blasts, weapons tests, measuring the effects on equipment and living organisms…), typology of nuclear tests throughout the world since 1945.
1.4. Relations
among those who construct the sites and carry out the tests (civilian and military; local, national, foreign workers)
1.5. Flow of exchange
of cultural practices, consumer goods, naturally occurring species.

2/ Actors and regimes of nuclearity: decision-makers, activists, local inhabitants

2.1. Typology of decision-makers according to the site, the country and the geostrategic and diplomatic context: facilities controlled by the military/civil authorities, mixed administrations (French DIRCEN: Army/civil body in charge of nuclear operations in French Polynesia: Direction des centres d’expérimentations nucléaires), comparison of the ways in which different militaries manage tests;
2.2. Activists against nuclear testing: ideologies
(third-world, pacifism, ecology…), inventory of actions (press, meetings, sit-ins, campaigns, boycotts, etc.), structuring of networks, transnational flows;
2.3. Regimes of nuclearity of the locals:
modes of cohabitation, socio-economic, cultural and health effects;
2.4. Public opinion at different levels:
host country of the site, neighbouring countries, international public opinion with respect to tests and policies of non-proliferation (CTBT).

3/ Legacies: environmental effects, health risks, (re-)development of location, social, cultural and symbolic impacts, politics of memory

3.1. Anticipations of site dismantlement: comparison of moratoriums on testing and simulation programmes preparing for the end of site use;
3.2. Politics of restoration
(form of restoration: strategy, rehabilitation, reclamation), site conversion, and development of the societies concerned;
3.3 Living in the vicinity of former nuclear test sites;

3.4. The material future of the development of sites and their heritage status
. Local and national political aftermath of the tests and the facilities;
3.5.  History of the environmental impacts of nuclear testing:
comparisons between actors; issues of scientific exploitation of the natural environment in the wake of testing
3.6. Diversity of memory, competing memories;
processes of compensation and damage claims and payments.

4/ Typology of flows of exchange:

4.1. Espionage and counter-espionage
4.2. Informal collaboration between various actors:
physicists, military personnel, engineers, technicians, etc.
4.3 Political cooperation: secret/clandestine/public

4.4. Shared cultures and practices:
exchanges of professional and cultural practices among construction site workers, civilian engineers and technicians and the military in charge of the tests (preparation of the site, measures, decontamination)
4.5. A test culture
(activists, academics, workers, site operators, etc.); a shared imaginary? (comparison and circulation of representations of nuclear tests in fiction)

The conference aims to provide a platform to enable the drawing up of a typology of sites and their periodisation, concerning as many facilities as possible where nuclear tests have either been carried out or were planned. The facilities of so-called “threshold states” (Sweden, Iran), others whose equipment has remained clandestine or secret (South Africa, Israel, North Korea), and lastly the situation of Powers planning such a facility (Turkey, Saudi Arabia, Egypt) all come within the scope of the conference.

Le colloque se tiendra du 19 au 21 janvier 2022 à Paris.

Les propositions de communication (une page avec une courte biographie) doivent être envoyées avant le 1er juin 2021 à :

Conference dates:  19-21 January 2022
Conference venue: Paris
Deadline for proposals of papers: 1st June 2021

Proposals (one page and a short biography) should be sent to:

Comité d’organisation
  • Benjamin Furst (UHA- CRÉSAT)
  • Sylvain Mary (Sciences Po Saint-Germain-en-Laye)
  • Renaud Meltz (UHA-CRÉSAT, IUF)
  • Teva Meyer (UHA- CRÉSAT)
  • Sarah Mohamed-Gaillard (INALCO-CESSMA)
  • Alexis Vrignon (MSHP-CRÉSAT)
Conseil scientifique
  • Robert Aldrich (University of Sydney)
  • Eric Conte (MSH du Pacifique)
  • Pierre Fournier (LAMES) 
  • Hugh Gusterson (University of British Columbia)
  • Claire Laux (IEP Bordeaux)
  • Claude Martin (Ambassadeur de France)
  • Georges-Henri Soutou (Institut de France)